Nous avons le plaisir de vous annoncer la soutenance de madame Oumaima OMARI HARAKE qui défendra ses travaux en sciences de gestion, en vue de l’obtention du doctorat le mercredi 15 juillet 2026 à 14h00, dans la salle de réunion de l'IAE de Poitiers.

Préparée dans le cadre du laboratoire CEREGE (UR 13564), sous la direction de Benjamin DREVETON et Jérôme MERIC, cette thèse s’intitule :

 

La pré-appropriation éthique des outils de gestion dans le système de santé français en situation de crise :

Une étude exploratoire en Nouvelle-Aquitaine pendant la pandémie de Covid-19

 

  • La composition du jury est la suivante :

Mme Emmanuelle Cargnello-Charles, Professeure des universités, Université de Pau et des Pays de l’Adour, rapporteure

M Christophe Maurel, Professeur des universités, Université d’Angers, rapporteur

M Benjamin Dreveton, Professeur des universités, Université de Poitiers, directeur de thèse

M Jérôme Méric, Professeur des universités, Université de Poitiers, directeur de thèse

M Stéphane Bellini, Professeur des universités, Université de Poitiers, suffragant

Mme Fatima Yatim-Daumas, Maîtresse de conférences, Conservatoire National des Arts et Métiers, suffragante

 

 

Résumé :

Cette thèse propose une relecture problématisée de la gestion de la crise de Covid-19 dans le système de santé français en s’intéressant à la pré-appropriation des outils de gestion en situation d’urgence. Le point de départ est un paradoxe. D’un côté, la crise sanitaire a été amplifiée par une intensification de la quantification : multiplication des indicateurs, instabilité des conventions statistiques, prolifération des tableaux de bord, centralisation des remontées de données et pression continue du reporting. De l’autre, ce même contexte a vu émerger de nouveaux usages d’outils de gestion quantifiés, réinterprétés par les acteurs de terrain pour répondre à des finalités de coordination, de justice et de continuité du soin. L’objet de la recherche consiste ainsi à comprendre comment, alors que la crise est en partie un produit de la quantification, des acteurs ont néanmoins pu s’approprier de nouveaux outils de gestion quantifiés pendant la crise.
Sur le plan théorique, la thèse articule deux approches. La première relève de la sociologie critique de la quantification et permet d’analyser les nombres comme des constructions conventionnelles porteuses d’effets de gouvernement (Desrosières, 1993 ; Espeland et Stevens, 2008 ; Supiot, 2015). La seconde mobilise la théorie de l’appropriation des outils de gestion et insiste sur le fait que l’appropriation ne débute pas avec l’usage stabilisé, mais dès les premières interprétations, discussions et réagencements de l’outil ; cette phase est ici saisie à travers la notion de pré-appropriation (de Vaujany, 2006). L’enjeu consiste à montrer que la pré-appropriation peut devenir, en contexte de crise, une forme d’appropriation éthique complète lorsque les instruments sont reconfigurés en fonction de finalités collectives de responsabilité, de prudence et de justice.
L’enquête repose sur un matériau qualitatif construit dans le cadre du projet AMI COVID et complété par l’analyse du terrain néo-aquitain. Elle s’appuie sur soixante-dix entretiens semi-directifs, trois focus groups et un corpus documentaire composé de rapports institutionnels, de textes réglementaires, de dispositifs de pilotage et de retours d’expérience. Les résultats mettent en évidence une trajectoire allant de la sidération initiale à l’émergence d’un ethos commun. Les dysfonctionnements, les pénuries, la variabilité des consignes et la saturation informationnelle ont d’abord fragilisé l’action collective. Toutefois, ces épreuves ont aussi favorisé l’émergence d’espaces de délibération et d’appuis éthiques, notamment autour des dispositifs régionaux de réflexion éthique, contribuant à stabiliser des arbitrages et à légitimer des ajustements d’outils.
La thèse distingue alors deux régimes d’appropriation. L’appropriation symbolique renvoie à des usages de conformité, de justification et d’auditabilité. L’appropriation éthique désigne, au contraire, une réinterprétation substantielle des instruments au service d’une coordination plus juste, plus réflexive et plus adaptée au terrain. La principale contribution de ce travail est de montrer que la crise n’a pas seulement révélé les limites du gouvernement par les nombres ; elle a également ouvert un espace de dépassement partiel de ces limites par la pré-appropriation éthique des outils de gestion.

 

Mots-clés : Pré-appropriation, Outils de gestion, Quantification, Gouvernement par les nombres, Covid-19, Nouvelle-Aquitaine

 

Lien pour participer en visio :

Mot de passe de Réunion :
cerege

Numéro de Réunion pour système Webex :

 

La soutenance aura lieu à 14h00 dans la salle de réunion de l’IAE (soutenance publique).