Nous avons le plaisir de vous annoncer la soutenance de Madame Mathilde LECLERE qui défendra ses travaux en Sciences de Gestion, en vue de l’obtention du doctorat le lundi 24 novembre 2025 à partir de 14h00, dans les locaux de l’IAE de Poitiers (salle de réunion).

Préparée dans le cadre du laboratoire CEREGE (UR 13564), sous la co-direction de Stéphane BELLINI et Eve LAMANDOUR, cette thèse s’intitule :

 

La mort, un impensé organisationnel ?

Une recherche qualitative sur la construction de sens et la gestion de la finitude.

 

  • La composition du jury est la suivante :

M. Jean-Luc MORICEAU, Professeur, IMT Business School, Rapporteur
M. Amaury GRIMAND, Professeur, Université de Nantes, Rapporteur
M. Stéphane BELLINI, Professeur, Université de Poitiers, Directeur de thèse
Mme. Eve LAMANDOUR, MCF HDR, Université de La Rochelle, Co-Directrice de thèse
Mme. Inès DE LA VILLE, Professeure, Université de Poitiers, Suffragant
Mme. Julienne BRABET, Professeure, Université Paris Est Créteil, Suffragant
M. Jean-Luc BERNAUD, Professeur, CNAM, Suffragant

 

Résumé :

Comment traiter le thème de la mort quand il fait effraction dans une recherche en sciences de gestion ? Depuis l’émergence de cette notion fondamentalement anthropologique, son évitement et sa prise en compte pour interroger la sensibilité théorique et les racines socio-historiques de sa séquestration hors du champ de l’action collective, cette recherche explore l’émergence de la finitude comme un « angle mort » des théories et pratiques organisationnelles.

Avec ce travail, nous adoptons une démarche de théorisation ancrée, constructiviste et réflexive, prenant sa source dans une expérience personnelle d’accompagnement ayant évolué vers une série d’entretiens semi-directifs avec des animateurs et des stagiaires d’un atelier de réflexion sur le sens de la vie et le sens du travail (SVST).

Notre étude s’ouvre sur un cadrage épistémologique justifiant une posture de chercheuse engageant sa subjectivité comme instrument de compréhension des phénomènes de construction de sens. Notre analyse empirique revisite ensuite les fondements de la théorisation ancrée pour forger une méthode adaptée à l’objet sensible et au tabou.

Une revue de littérature nous permet de démontrer le cloisonnement des savoirs sur la mort et d’identifier un gap théorique: les quatre dimensions de la mort sont traitées selon deux dialectiques distinctes (matériel vs symbolique ; existentiel vs transpersonnel) alors qu’elles se manifestent de façon intégrée dans les données. Associer cette division au concept de « séquestration de l’expérience de la mort », son éviction de la sphère publique et organisationnelle, nous conduit à l’analyse de ses paradoxes et conséquences (insécurité ontologique, effritement des rites et de la construction de sens). Face aux limites du sensemaking organisationnel pour appréhender cette rupture de sens, deux concepts sont mobilisés : l’existential sensemaking (reconstruction du sens en situation limite) et l’existential labor (travail invisible de gestion des angoisses existentielles).

L’analyse des données nous conduit ainsi à montrer que le langage de la mort opère comme une « grammaire des limites » dans les discours sur la perte de sens au travail. Quatre dimensions matérielle, symbolique, existentielle et transpersonnelle, en structurent l’expression. Cette étude montre comment l’organisation, via un « normativisme désaffiliant », active la séquestration de l’expérience de la mort, conduisant à l’impasse du sensemaking ordinaire.

En conclusion, cette recherche contribue à la théorie et à la pratique. Théoriquement, elle nous conduit à proposer un modèle intégratif des processus de perte et de quête du sens face à la finitude. Pratiquement, elle nous sert d’argument en faveur d’un management « déséquestrant », accompagnant la reconnaissance des limites et la conception d’espaces permettant un dialogue authentique sur les conditions et la mise en œuvre d’une existence soutenable. Elle soutient in fine notre défense d’une pleine intégration de la condition humaine dans les approches du sens en particulier et des sciences de gestion en général

 

Mots-clés : Mort, perte de sens, limites, séquestration de l’expérience, existential sensemaking, existential labor, normativisme désaffiliant, grounded theory.

 

La soutenance aura lieu à 14h00 dans la salle de réunion de  l’IAE de Poitiers (soutenance publique).